Mapping des défis / obstacles liés à l’accès des jeunes à la terre dans la zone d’intervention de AAP au Nord Kivu en RD-Congo.

La jeunesse représente l’avenir de demain. La terre est pour elle une ressource vitale nécessaire pour le développement socio-culturel et économique. Son accès à la terre et sa participation à la prise des décisions qui affectent celle-ci est cruciale. Au Nord-Kivu, zone d’intervention d’Aide et Action Pour la Paix (AAP en sigle), plus particulièrement dans les territoires de Masisi, Rutshuru, Nyiragongo et Lubero, environ 40% des conflits fonciers documentés impliquent les jeunes1. Ces conflits opposent d’une part les jeunes aux membres des familles après les décès de leurs parents, aux autorités locales, aux nouveaux acquéreurs fonciers, etc. et d’autre part, les jeunes s’affrontent entre eux suite au partage inégal de l’héritage. N’ayant pas accès à la terre, les jeunes se retrouvent parfois engagés dans des milices armées pour, disent-ils, défendre les terres de leurs ancêtres ou celles de leurs communautés. La présente étude menée dans le cadre de notre participation au : « Programme de bourses pour futurs dirigeants de l’ILC 2021-22 » est une contribution à la promotion des droits fonciers des jeunes et au renforcement des actions de AAP en faveur de ces derniers, à travers un mapping participatif de leurs défis fonciers et l’identification des solutions y afférentes. Partant d’une approche méthodologique participative, cette étude a permis d’accorder la parole à 312 jeunes et à 10 autorités locales qui ont donné leurs points de vue à travers des entretiens individuels et les focus groups sur l’accès des jeunes à la terre en (i) identifiant les défis /obstacles liés à leur accès à la terre, les acteurs impliqués et (ii) en proposant pour chaque défi, des solutions susceptibles de le relever. En termes des résultats, Il ressort de l’étude un aperçu global sur l’accès des jeunes à la terre, leurs défis fonciers ainsi que les solutions proposées par eux pour les relever et, enfin, le niveau de participation des jeunes à la prise des décisions en matière d’accès et de gestion de la terre. Par rapport à l’accès des jeunes à la terre, l’étude révèle : • Un accès limité des jeunes à la terre, et à l’intérieure de cette catégorie, une disparité en matière d’accès à la terre entre les jeunes garçons et jeunes filles : 62% des jeunes interrogés estiment que les jeunes garçons n’ont pas accès à la terre contre 76% pour les filles ; • L’achat, l’héritage, la donation et la location sont des modes par lesquels les jeunes ont accès à la terre. Partant de ces modes, trois statuts fonciers des jeunes se dressent à savoir : les propriétaires terriens, les locataires et les ouvriers (qui, partant de leur travail ont accès à des lopins des terres pour une jouissance temporaire) ;

Une corrélation entre l’accès à la terre et l’âge des jeunes enquêtés : 35 jeunes propriétaires terriens se répartissent sur les différentes tranches d’âge avec une concentration autour de la tranche d’âge de 31 à 35 ans pour 20 jeunes, soit 57% ; • Les jeunes ayant accès à la terre, ont des droits précaires, leurs terres ne sont pas couvertes par des titres fonciers formels. Sur 56 jeunes ayant reconnu détenir des parcelles de terre ou champs, seulement 5% soit 3 jeunes reconnaissent avoir le certificat d’enregistrement ; • L’agriculture et l’élevage sont les principales activités que les jeunes comptent implémentés s’ils ont accès à la terre. Pour ce qui est des défis, les jeunes les classifient en deux types à savoir : défis généraux à tous les jeunes (filles et garçons) et les défis spécifiques aux jeunes filles : • Défis généraux: (i) l’émergence du marché foncier non contrôlé au détriment des jeunes générations présentes et futures (spoliation des pâturages et champs communautaires, vente du patrimoine foncier familial par les chefs des familles/ parents, etc.) ; (ii) l’ignorance des jeunes de la valeur et de l’importance de la terre ainsi que des lois régissant l’accès à la terre (procédures d’obtention et de sécurisation) ; (iii) la faible capacité économique des jeunes à pouvoir accéder à la terre et à l’exploiter durablement ; (iv) l’accaparement et l’immobilisation (sous exploitation) des terres par une minorité d’individus (l’élite politique, les hommes d’affaires, les hommes en armes) au détriment de la grande masse de paysans sans terres y compris les jeunes ; (v) la réduction des terres cultivables du patrimoine familial à la suite de l’absence d’un planning familial axé sur les ressources foncières existantes/ ne tenant pas compte des besoins fonciers des descendants ; (vi) l’inaccessibilité aux terres arables par les jeunes suite à l’insécurité et au manque d’ infrastructures dans les zones à forte disponibilité foncière et ; (vii) le secteur agricole non attractif et pénible pour les jeunes. • Défis spécifiques aux jeunes filles : (i) les pratiques discriminatoires / rétrogrades (us et coutumes) en matière d’accès à la terre et à la gestion de celle-ci ; (ii) la stigmatisation de la fille propriétaire foncière ; (iii) le manque d’esprit de conservation de l’héritage foncier ; (iv) le mariage précoce (limitant leur épanouissement intellectuel et social) couplé à des pratiques foncières qui ne promeuvent pas les droits fonciers des filles et ; (v) l’ignorance des filles de leur droit égal à l’héritage foncier au même titre que leurs frères. Quant à la participation des jeunes dans la prise des décisions en matière foncière, Il ressort des résultats de l’étude que la gestion des terres est une affaire des vieux, des personnes âgées notamment les chefs des familles, les autorités coutumières, les représentants des clans… Les jeunes ne sont pas consultés et à la limite lorsqu’ils le sont, leurs avis sont pris sans beaucoup de considérations car ils sont jugés comme des personnes n’ayant aucune expérience, ni sagesse pour être associé dans une question si sensible autour de laquelle se fondent pouvoir et identité. Pour les jeunes cette posture s’explique par (i) les conflits des générations, (ii) les us et coutumes qui isolent les filles, et (iii) la peur de collaborer directement avec les jeunes suite aux principes coutumiers qui n’encouragent pas la démocratie pour toute question. En plus, les jeunes estiment que l’État Congolais/RDC ne fournit pas assez d’efforts pour renforcer leur participation à la prise des décisions conformément à la charte africaine de la jeunesse de 2006 dont il est signataire. En fin, face à ces résultats les jeunes ont proposé des pistes de solutions pour chaque défi identifié en termes d’actions à mener afin de le surmonter. Outre ces pistes de solutions que vous découvrirez à travers la lecture de cet ouvrage, les jeunes ont émis de manière globale les recommandations ci-dessous : Au niveau local : – Créer un cadre de dialogue multi-acteurs, d’échanges réunissant les jeunes autour de la gouvernance foncière et l’accès durable des jeunes à la terre ; – Tenir compte dans les plans locaux de développement ou de paix et dans les chartes foncières locales/coutumières, des besoins spécifiques des jeunes en matière d’accès à la terre. Au niveau national : – Prendre en compte les besoins fonciers des jeunes dans le processus de la réforme foncière encours ; – Développer une stratégie de mise en valeur et / ou de restaurations des terres dégradées en faveur des jeunes ; – Œuvrer à la sécurisation des zones rurales à fortes disponibilités foncières ; – Accompagner les entités territoriales décentralisées à développer des chartes foncières coutumières qui promeuvent les droits fonciers des jeunes. – Développer une politique agricole attractive pour les jeunes ; – Initier des programmes d’encadrement économique et technique pour les jeunes aux filières agricoles intégrées ; – Organiser un système de subvention et micro-crédits pour aider les jeunes entrepreneurs agricoles à pallier au quotidien avant les récoltes. Au niveau régional : – Développer des politiques et lois foncières et celles ayant une incidence foncière qui promeuvent les droits fonciers des jeunes ; – Promouvoir les innovations en faveur des jeunes dans le secteur agricole.

Auteurs

Samuel kasereka kagheni
Faustin Mutsukunde
Jean Ishara

Sources

International Land Coalition (ILC)

Langue de publication

Français

Télécharger le document de l’étude.

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LA REDACTION
Author: LA REDACTION



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